Omit
Tracer
2CD HMS 005
Infratunes
December 2005
Les obsessions personnelles en matière d’art, vaste problème
où se côtoient le meilleur et le pire. Pour un Lost Highway,
pour un David Lynch, combien de tâcherons néo-dark ?
Un paquet, malheureusement. On va dire, grosso modo, que les obsessions
sont une matière première à double tranchant,
un or noir, au sens propre du terme : dans les mains d’un génie,
voilà qu’elles donnent lieu à une œuvre où
la psychose est immédiatement dépassée au profit
d’un questionnement ontologique ; dans les mains d’un
tâcheron, on a souvent droit au même plat réchauffé
de choses connues, déjà vues, déjà entendues,
déjà aperçues. Tout est question, en somme, d’exploitation,
de raffinement de cette matière première : de la finesse
dont on va épurer la glue noirâtre pour en sortir quelque
chose de valeur.
Tracer, dernière livraison d’Omit (pseudonyme
de Clinton Williams) se place dans la catégorie noir et boue
plutôt que dans la rubrique or et fluide : problème d’expression,
de raffinement, d’énonciation musicale de phénomènes
et d’angoisses partagés par tous, la musique (et les
obsessions) d’Omi apparaît très souvent (trop ?)
sous des formes connues, rebattues, sous des lourdeurs d’autant
plus accablantes et répétitives qu’elles durent
le temps d’un format double, cent vingt minutes de musique au
total : difficile à avaler. Omit ne pratiques pas le renouvellement
de la musique des autres, ni de la sienne dans le cadre d’un
même album : aussi voit-on reparaître les mêmes
schémas, nappes sombres, amples, gonflées à la
reverb ou au delay, percussions souples dans leur volume sonore mais
rigides dans leur structu rythmique, quelques drones. Des phénomènes
sonores ont lieu de manière unique, comme la voix filtrée
et robotique du premier titre mais qui, loin d’apporter fraîcheur
ou respiration, noircissent le tableau : on se prend à remercier
Omit de nous avoir épargné, pour une fois, le retour
d’un tel motif. Etrange manière, en définitive,
de susciter chez son public une certaine gratitude à l’égard
d’un disque pour lequel il n’en aura (de gratitude), par
ailleurs, aucune. - Johnny One Shot |
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